A la suite de la loi d’application cantonale de la loi fédérale de la protection des animaux, effective depuis le 1er janvier 2006, le public non averti a assimilé la notion de chiens dangereux à une liste de races de chiens interdits car potentiellement dangereux. La réalité du terrain diffère clairement de cette notion simplifiée.
Les races dites «dangereuses» présentent un potentiel de blessure certes plus important au vu de leur morphologie (mâchoires très puissantes, musculature surdéveloppée) mais statistiquement toutes les races et tous les types de chiens, y compris les petits, sont en cause dans les accidents par morsure qui nécessitent des soins médicaux. L’évaluation de la dangerosité, qui est une probabilité de passer à l’acte, repose sur des critères du chien lui-même et du contexte de vie et des propriétaires.
En Valais, on recense entre 100 et 150 annonces d’accidents par morsure par année (environ 15 000 en Suisse). Toutes les personnes qui côtoient professionnellement des chiens (vétérinaires, éducateurs, agents de police) sont tenues d’annoncer tout chien présentant une agressivité supérieure à la norme. Les médecins ont également l’obligation d’annoncer tous les cas soignés pour des morsures.
A la suite des annonces, le service vétérinaire établit un dossier sur la base d’une enquête et du droit d’être entendu, il trie les dossiers et les classe en: cas bagatelles, cas qui nécessitent des cours ou cas avec expertise.
L’expertise réalisée par un vétérinaire spécialisé en troubles du comportement doit déterminer le devenir du chien, s’il est corrigible ou non, si les conditions permettent de le faire avec le propriétaire ou en replaçant le chien, quelle thérapie et quels moyens auxiliaires de sécurité (laisse, muselière, médication).
Les critères objectifs d’évaluation tiennent compte des caractéristiques intrinsèques au chien: sociabilité, stabilité émotionnelle, présence d’autocontrôles, poids, antécédents d’accidents par morsure, prévisibilité mais aussi du contexte dans lequel le chien évolue, de la capacité des détenteurs à reconnaître, à anticiper et à prévenir les situations à risques.
Cet important travail de suivi individuel des chiens à problèmes permet une prévention réelle et efficace d’accidents par morsure, souvent avant un passage à l’acte et de manière plus ciblée et objective qu’une liste arbitraire de races, non exhaustive, qui donne une fausse impression de sécurité.
Source: Le Nouvelliste, 5 mars 2019
Auteur: Sabine Papilloud, journaliste
Crédit image: Le Nouvelliste