Nettoyer le pipi de son chien dans la rue en Suisse : c’est désormais une réalité à Chiasso. En effet, dès la mi-août 2026, la municipalité tessinoise impose aux propriétaires de chien de se munir d’une bouteille d’eau lors de leurs promenades. Ainsi, ils devront rincer non seulement les excréments solides, mais aussi les déjections liquides sur la voie publique. Il s’agit d’une première nationale, inédite en Suisse.
Cette mesure fait suite à de nombreuses plaintes reçues par la municipalité. D’une part, les odeurs d’urine se sont intensifiées dans le centre-ville en raison des canicules et de la sécheresse. D’autre part, des particuliers ainsi que des commissions de quartier ont multiplié les signalements. Par conséquent, le maire Bruno Arrigoni a décidé d’agir en publiant un nouvel arrêté municipal.
Comment la règle sera-t-elle appliquée ?
Le maire insiste sur le caractère avant tout pédagogique de cette mesure. Ainsi, dans un premier temps, les propriétaires récalcitrants recevront un simple avertissement. Toutefois, en cas de récidive, une amende de 100 francs sera infligée. L’objectif prioritaire reste donc la sensibilisation des propriétaires de chien, plutôt que la sanction immédiate.
Si cette obligation est inédite en Suisse, elle existe déjà dans plusieurs villes européennes. Par exemple, Barcelone, Parme et Livourne, en Toscane, imposent déjà aux propriétaires de nettoyer les déjections liquides de leur chien. En outre, à Livourne, les contrevenants s’exposent à une amende pouvant atteindre 500 euros. Par conséquent, la Suisse suit une tendance déjà bien établie sur le continent.
Ce que cela change concrètement pour les propriétaires de chien
Concrètement, se munir d’un sac à crottes ne suffira plus à Chiasso. Désormais, une bouteille d’eau devient un accessoire indispensable lors de chaque promenade. En pratique, il s’agit de rincer l’urine laissée par le chien sur le sol, les murs ou les mobiliers urbains.
L’arrêté de Chiasso pourrait faire figure de précédent en Suisse. En effet, si l’expérience tessinoise s’avère concluante, d’autres communes pourraient s’en inspirer. Par conséquent, il est probable que cette pratique se généralise progressivement dans le pays. En attendant, les propriétaires de chien de Chiasso ont jusqu’à la mi-août pour s’équiper d’une bouteille d’eau et adopter ce nouveau réflexe.
Et si on demandait leur avis aux principaux concernés ?
L’arrêté n’a visiblement pas fait que des heureux du côté des lecteurs. Dans le Courrier des Bêtes d’août 2026, S. Destraz a pris sa plume, et son ironie mordante, pour réagir. D’abord amusé, il confie s’être vite demandé jusqu’où l’administration compte pousser le bouchon en matière d’obligations canines.
Sur le principe, il ne dit pas non : personne n’apprécie qu’un chien arrose la porte d’un immeuble ou une terrasse de café, et un peu de civisme ne fait de mal à personne. Mais transformer le geste en obligation légale, voilà qui lui semble déjà passer une ligne. Et le lecteur d’énumérer, non sans un brin de mauvaise foi savoureuse, tout ce à quoi les maîtres-chiens sont déjà soumis : ramassage des déjections, chien tenu en laisse, zones interdites respectées, et impôt canin payé rubis sur l’ongle chaque année.
Il pousse ensuite le raisonnement jusqu’à l’absurde, avec un art consommé de la question qui fâche : faudra-t-il bientôt calibrer la taille de la bouteille selon le gabarit du chien ? Un maître de labrador devra-t-il crapahuter avec un litre d’eau sur le dos, quand le propriétaire d’un chihuahua s’en tirera avec une mignonnette ? Et si le chien a bu une partie de sa ration en chemin, le promeneur assoiffé risque-t-il une amende faute de stock suffisant pour rincer ?
Plus sérieusement, M. Destraz renvoie la balle aux autorités communales : si elles veulent exiger toujours plus des propriétaires de chien, elles devraient aussi investir de leur côté. Il réclame ainsi des toilettes pour chiens correctement entretenues, des distributeurs de sachets qui ne soient pas perpétuellement vides, et suffisamment d’espaces de liberté, quand, dans certaines communes, une personne âgée doit parcourir plusieurs kilomètres, voire prendre sa voiture, pour laisser son chien courir sans laisse. Sa conclusion tient en une formule : les propriétaires de chien ne demandent pas de traitement de faveur, seulement d’être considérés comme des citoyens à part entière et que la cohabitation passe aussi par des autorités prêtes à écouter ceux qui vivent avec un chien.
De quoi donner du grain à moudre à Chiasso, et peut-être un peu de mauvaise conscience aux communes tentées de suivre l’exemple sans revoir leurs propres devoirs.
Sources : Le Nouvelliste, 23 juillet 2026, article de Marie Dorsaz — SVPA Courrier des Bêtes, août 2026, n°532, « Nos lecteurs nous écrivent ».
Crédit image: Ilsegret Messerknecht ©️